Mai 2002
Paris

 

Texte écrit dans le cadre d’un cours à l’école d’architecture de Paris-la-Villette. Nous devions nous promener rue du Faubourg-du-Temple et par le biais de l’écriture et/ou du dessin tenter de décrire cette rue. Après une année quelque peu laborieuse, n’arrivant pas à décrire directement ce que je voyais, j’ai écrit cette histoire, histoire qui m’a fait entrevoir ce que je pouvais trouver dans l’écriture.

 

TOUDIC

 

Un jour, un homme descend à la station de métro République et s’engage dans la rue du Faubourg du temple. L’espace d’un instant la peur le prend, ne sachant ce qui lui arrive il avance prudemment comme redoutant quelque chose. L’endroit lui semble familier, est-ce cette rue qui traverse la rue du Faubourg du temple ? Il avance de quelques pas, observe le café au coin, traverse enfin la rue en retenant sa respiration. Rien, cette rue ne lui dit rien, mais l’étrange sensation qui l’a assaillit quelques instants auparavant est toujours là, bien là. Il se demande que faire, quitter la rue – non, il veut savoir.

 

ferry

 

Il se remet en marche, lentement, l’estomac noué. Quand est-il venu ici ? Qu’est-il venu y faire ? Que lui est-il arrivé ? Impossible de se rappeler. Un nouvel obstacle vient se mettre en travers de son chemin, une autre rue, cette fois plus large, certainement un boulevard. Ici la peur est moins intense, mais elle est toujours prête à ressurgir au moindre signal. Il avance, regarde la plaque « boulevard Jules Ferry », sentant la pression se relacher à la lueur de cette indication, il décide de se reposer quelques minutes sur un banc. Entouré de gens qui lisent et discutent, il se sent mieux, mais il veut savoir.

 

centre médical

 

Inexorablement il se remet en route. L’espace de deux minutes, dans un état second, rien ne l’atteint. Mais soudain cette enseigne : « centre médical », comme un appel venu du fin fond de sa mémoire. Tel un somnambule, il se rapproche, entre sous le porche plien de câbles de toute sorte, il se sent happé par cette lumière qui vient de la cour, il y remarque les entrepôts dans le fond avec leurs toîts en forme de biseau. Quelque chose lui revient à la mémoire, il a rencontré quelqu’un ici. Mais qui ? Cela reste un mystère. Il se souvient d’avoir remarqué l’aspect étrange de ce centre médical dans ces petites maisons au fond de la cour, mais rien d’autre ne lui revient.

 

bichat

 

Il décide de repartir et note sur un petit carnet les différentes impressions qui lui sont revenues. Il traverse immédiatement la rue comme pour échapper à celles-ci dont il ne comprend pas l’origine, mais avant même qu’il se retourne il sait ce qu’il va voir, cette drôle de petite maison au coin de la rue Bichat. Bichat, ce nom fait comme un écho en lui, peut-être simplement sa sonorité étrange ou alors… Une autre image lui traverse l’esprit, celle d’un enfant jouant au ballon sur le trottoir, pourquoi ? Encore une de ses innombrables questions sans réponse.

 

pourchet

 

A peine remis de toutes ces émotions, un endroit attire son attention de l’autre côté de la rue, et cette fois-ci la peur le reprend, il se demande ce qu’il va trouver derrière cette porte, il avance, essayant de cacher son angoisse qui doit se lire sur son visage. Il rase le mur, espérant que la porte soit fermée mais arrivant devant, il doit se rendre à l’évidence, elle est ouverte, prête à l’accueillir. Il se glisse à l’intérieur, se retrouve sous le porche, n’osant plus avancer, il observe le petit hôtel avec son perron et son escalier, il se souvient. Il faisait chaud, il était venu ici pour rencontrer un homme dans un des immeubles sur le côté de l’hôtel, quelque chose avait mal tourné, mais quoi ? Tout cela commence à l’agacer, il aimerait se souvenir, ne plus avoir cette boule dans le ventre et ce sentiment qu’il lui manque quelque chose. Il reste quelques minutes pour essayer de saisir d’autres impressions. Le nom « Pourchet et Cie » ne lui dit rien, par contre les cages d’escalier dans les coins de chaque côté de l’entrée, il s’en souvient. Voulant en savoir plus, il retourne dans la rue.

 

pivert

 

Il continue oubliant où il se trouve, jusqu’au moment où il tombe nez à nez avec la pancarte : « Passage Pivert », le choc est tel qu’il manque de tomber, il le sait, c’est ici, il doit y rentrer pour savoir enfin. Tremblant il rentre sous le porche, au loin la grille, cette fameuse grille, il s’en rapproche passant devant le théâtre, longeant le terrain vague, il s’en rapproche encore. Mais ne supportant plus de la regarder il se retourne, au fond du passage, la rue du Faubourg du temple, il suffirait de courir pour y retrouver la sécurité, mais c’est trop tard, il est là devant cette grille, ne pouvant plus la quitter des yeux, ne pouvant plus bouger, il se souvient.

 

 

 

Octobre 2003
Stockholm

 

Création d’une pièce de théâtre et de son décor à partir d’une expérience d’une journée dans un service public en utilisant les éléments importants tels que les émotions, les couleurs, un moment…

 

Nous avions le choix entre différentes institutions, j’ai choisi d’aller dans une maternité à Huddinge dans la banlieue de Stockholm, et j’ai suivi une sage-femme pendant sa journée de travail. Voici les différents éléments que j’ai utilisé pour commencer à écrire ma pièce de théâtre:

Premièrement il y avait un bébé dont la sage-femme que je suivais s’occupait, qui avait un problème, elle était très fatiguée. Quand sa mère lui donnait le sein, elle s’endormait tout de suite ou alors elle se mettait à crier mais elle était tellement fatiguée qu’elle s’arrêtait en plein milieu et s’endormait. C’était très étrange de voir un bébé dans cet état là, un bébé est censé crier, manger… On a appelé le docteur, il a fait des prises de sang… mais il ne savait pas trop ce qu’elle avait et je n’ai pas su avant de partir.

Deuxièmement, la sage-femme que je suivais, était finlandaise et elle avait une patiente qui elle-même était finlandaise, elles parlaient donc finlandais ensemble. A certains moments lorsque je les écoutais parler j’avais l’impression de regarder la scène de l’extérieur comme si je me voyais moi-même écoutant la conversation. Comme dans un rêve où on est comme étranger à soi-même, on est quelqu’un d’autre regardant la scène.

 

Voici la pièce de théâtre que j’ai écrite à partir de ces deux éléments, il n’y a pas les dialogues, l’exercice n’ayant duré que deux semaines, l’important était plutôt la trame :

 

premiere scène

Une femme qui semble très gentille, est en train d’essayer de réveiller un homme qui est allongé, elle est assise sur le rebord du lit. Elle lui parle comme à un bébé, mais en même temps elle semble trop jeune pour être sa mère – il y a une sorte de distance entre les deux personnages – elle est proche de lui mais pas trop proche – ce n’est pas de l’amour. Un homme est debout dans le fond de la scène, il est habillé de la même façon que l’homme allongé sur le lit, il a l’air stressé. Au fur et à mesure que la pièce se déroule, la femme qui n’arrive pas à réveiller l’homme allongé, commence à sembler exaspérée. Elle lui fait des reproches et comme il ne réagit pas, elle commence à le secouer et à être en colère contre lui. Elle lui dit qu’il ne fait jamais rien pour elle, il doit se réveiller et faire quelque chose pour elle. En même temps qu’elle le secoue, l’homme debout au fond de la scène a des convulsions et semble très mal.

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Pendant que la femme continue à secouer l’homme, les lumières s’éteignent et nous nous retrouvons dans le cabinet d’un psychiatre. Le lit est à la même place ainsi que l’homme qui est allongé. Un psychiatre est assis dans un fauteuil, au début on ne comprend pas ce qu’il dit, il ne parle pas assez fort. L’homme qui est debout au fond de la scène se rapproche du lit et semble ne pas comprendre non plus ce que dit le psychiatre. Il commence à parler à voix haute, il dit qu’il n’est pas fou, qu’il n’a rien à faire ici, qu’il ne comprend pas pourquoi il est allongé, comment il est arrivé ici. Mais en même temps le psychiatre parle de plus en plus distinctement et on comprend ce qu’il dit. L’homme debout semble comprendre aussi car il arrête de parler. Il commence à écouter ce que le psychiatre dit – il dit qu’il n’est pas fou et que s’il veut se réveiller, il doit trouver pourquoi il s’est endormi. L’homme semble plus détendu, s’arrête de marcher et s’assoie sur le rebord du lit pour écouter le psychiatre.

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Mais soudainement la porte rouge au fond de la scène s’ouvre et la femme du début entre, suivant d’un autre homme. L’homme qui écoutait le psychiatre se lève immédiatement et recommence à sembler très stressé et recule. La femme et l’homme qui la suit commencent à parler avec le psychiatre, mais on ne comprend pas ce qu’ils se disent car ils parlent une autre langue. L’homme marche autour d’eux et parle tout seul en murmurant, et parfois quand la femme se rapproche de l’homme allongé, il a des mouvements de recul et semble très tendu. La femme semble en colère contre l’homme qui est allongé, le psychiatre lui a l’air calme, ils parlent de plus en plus et l’homme qui marche autour leur crie de s’arrêter de parler, il comprend maintenant pourquoi il dort.

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Il s’est endormi pour ne plus la voir mais elle est encore là, il doit la quitter physiquement. Il quitte donc la scène…

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et l’homme qui est allongé se lève et quitte la scène également. La femme et l’homme qui la suit restent ébahis et ne bougent pas.

 

 

 

Janvier 2004
Stockholm

 

Texte écrit dans le cadre d’un projet d’école :

L’exercice consiste en une école pour 5oo enfants de 6 à 16 ans, tout en demandant une réflexion sur l’éducation actuelle mais surtout future et comment cela peut influer sur l’espace et son utilisation. Le site se trouvant dans le sud de Stockholm entre une zone de logements nouvellement aménagée et un ancien quartier résidentiel et industriel.
Le projet a débuté par un travail de souvenir sur notre propre expérience de l’école puis un travail de recherches et d’analyse sur les différents systèmes d’éducation. Ensuite nous avons continué avec l’analyse du site, j’ai décidé de faire une approche plus sensible du lieu, quelles sont mes impressions… et pour cela j’ai écrit une histoire, en choisissant un personnage et un objet. Voici cette histoire :

 

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Il regarde devant lui et se demande ce qu’il fait là – comment est-il arrivé ici? Il surplombe un espace vide où passe un train – tout comme cette tour qui semble vouloir garder un oeil sur tout ce qui bouge ci-bas – Mais bientôt il sent une présence derrière lui – il se retourne et se retrouve face à face avec une ancienne usine en brique jaune qui semble vouloir lui dire quelque chose -

 

 

 

 

 

 

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Mais sans avoir le temps de comprendre, il est confronté à une rangée de bâtiments – que s’est-il passé? comment est-il arrivé là? se tenant là devant cette barrière, un sentiment de vide l’en–vahit – est-il en train de rêver? est-il mort? est-il possible de ne rien ressentir? Mais bientôt ce sentiment est remplacé par quelque chose d’autre – il vient d’apercevoir la montagne – cela réson–ne en lui -il se souvient – il est revenu du pays imaginaire pour chercher quelque chose – mais quoi? il doit se rapprocher pour savoir?

 

 

 

 

 

 

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Mais déjà il ne se trouve plus au même endroit, il est en train de marcher au coeur des grands bâtiments – il doit s’échapper – il suffoque – il est confronté à un obstacle – il ne peut pas traverser mais il se sent comme apaiser par la présence de l’eau – il se retourne – les bâtiments semblent s’être refermés derrière lui – il aperçoit un pont – un train passe dessus – une possibilité de s’enfuir – il s’en approche -

 

 

 

 

 

 

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Mais voilà qu’il se trouve à un autre endroit – il sursaute surpris par le bruit d’un éboulement – on démolit une vieille usine – mais déjà celle-ci est remplacée par un de ces bâtiments qui le remplissent d’un sentiment de vide – et la montagne de nouveau se retrouve devant lui -il essaie de ne pas la perdre des yeux – de s’accrocher à ce moment – il essaie de comprendre ce qui lui arrive – pourquoi n’arrive-t-il pas à contrôler ce qui se passe? il se souvient qu’au pays imaginaire tout se déroulait normalement – est-ce pour cela qu’il était parti – pour lui échapper? mais alors pourquoi être revenu? et pourquoi ici? Le temps se moque de lui – il ne veut pas le laisser partir – peut-être doit-il comprendre pourquoi il est ici pour le contrôler – Mais un bruit détourne son attention

 

 

 

 

 

 

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et il marche maintenant le long d’une large route – il se sent attiré par quelque chose mais en même temps il voudrait s’enfuir mais c’est impossible, ces bâtiments semblent lui interdire le passage de même que ces tunnels de l’autre côté de la roue qui ne semblent mener nul part -

 

 

 

 

 

 

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Et bientôt il se retrouve au même endroit que lorsqu’il est arrivé – la tour semble maintenant lui montrer quelque chose – il se sent soulagé – pourquoi? il descend – traverse les voies qui semblent mener à la montagne – mais il sait maintenant où il doit aller – il traverse la route et se retrouve au milieu de tout – il se sent plus calme – il voit clairement le parcours qu’il a fait – comment et pourquoi il est venu ici -

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il ramasse le livre qui se trouve à ses pieds – l’ouvre et…

 

 

 

Mars 2004
Stockholm

 

Après avoir dessiné l’école en partant de l’histoire précédente, je cherchais un moyen de présenter le projet et j’ai écrit cette histoire que je n’ai pas utilisé pour la présentation car cela ne me paraissait plus approprié.

 

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Il attend face à ce mur de lumière – une porte est ouverte – il décide d’entrer – il ressent presque immédiatement que quelque chose l’attire – sentant cette attirance il panique quelques secondes puis décide de ne plus y prêter attention et prend les escaliers qui semblent mener autre part – bientôt il arrive devant un autre choix : choisir un chemin – il ressent de nouveau la même attirance – plus forte – il descend – regarde à droite – à gauche – à droite de nouveau – il semble maintenant clair qu’il est ici pour une raison précise – le chemin est tracé – c’est comme si des milliers d’enfants avaient couru suivant ce même chemin – ou peut-être des pirates – ne devrait-il pas prévenir les autres ? mais quels autres ? il est seul – depuis quand ? où sont Wendy, Clochette, les enfants perdus ? l’ont-ils quitté ou les a-t-il quitté ? ont-ils jamais existé ? pourquoi ne peut-il pas se souvenir ? pourquoi ne veut-il pas se souvenir ? Mais qu’y a-t-il là-bas ? une lueur scintillante – elle semble inaccessible – le sol semble se soulever – comme s’il ne voulait pas le laisser aller par-là – mais n’est-il pas Peter Pan ? il ne va pas se laisser impressionner par une telle chose et puis Clochette est très certainement en train de l’attendre – mais non – elle a disparu – elle aurait tout de même pu l’attendre ! Il se demande maintenant ce qu’il pourrait bien faire – il pourrait repartir sur le chemin mais il ne tient pas encore à savoir ce qui l’attend au bout – il pourrait s’asseoir sur les quelques marches qui mènent plus bas et attendre Clochette mais il ne va quand même l’attendre toute sa vie et puis elle aurait, elle, pu l’attendre – assez ! il pourrait aussi voir ce qu’il se passe s’il prend les escaliers qui semblent disparaître dans le mur – peut-être y a-t-il l’aventure au bout ou peut-être y a-t-il Clochette – pourquoi est-il encore en train de penser à elle ? Il décide finalement de prendre les escaliers vers lesquels la lumière semble le guider – il descend – se demandant ce qui va se passer – peut-être Crochet est-il là avec sa bande de pirates, il pourrait ainsi les combattre et se débarrasser de toute sa colère au moins pour un moment – mais il n’y a personne – tout est calme – cela lui rappelle un village avec une petite place – il n’a jamais été dans un tel village – il n’y a aucun village au pays imaginaire ou bien peut-être le village des indiens mais ce n’est pas celui-là qui lui vient à l’esprit – était-ce avant le pays imaginaire ? a-t-il fait quelque chose avant d’être au pays imaginaire ? ce n’est pas possible – il s’en rappelerait – Quelque chose attire son attention ou plutôt une personne – un pirate – il vient juste de passer au bout de l’allée – que fait-il ici tout seul ? pourquoi n’est-il pas avec Crochet en train de faire ce que celui-ci lui demande ? Peter décide de le suivre – c’est comme un jeu, s’il perd le pirate, il perd le jeu – le pirate disparaît dans les allées et se dirige vers l’endroit d’où Peter vient – Peter se sent paniqué – il ne veut pas que le pirate atteigne avant lui l’endroit qu’il désire atteindre mais le pirate tourne sur la gauche et prend les escaliers qui montent – Peter se sent soulagé – Mais où est-il ? où est le pirate ? il a perdu sa trace – il a perdu à son propre jeu – comment cela a-t-il pu arriver ? a-t-il disparu par un des escaliers qui s’enfoncent dans ces blocs là-bas ou bien a-t-il pris le petit chemin qui passe entre les deux blocs et semble mener à quelque endroit mystérieux ? Mais alors qu’il se demande où le pirate a bien pu disparaître, il commence à ce demander – que fait-il ici ? qu’est-ce que cet endroit ? comment y est-il arrivé ? il se souvient vaguement du sentiment d’être enfermé quelque part – un désir de s’échapper – mais il n’arrive pas à se souvenir – était-ce un rêve ? est-il fou ? il a du mal à réfléchir comme dans un rêve – mais il a vu Clochette et elle était réelle – non il ne l’a pas vu – peut-être l’a-t-il imaginée ? et le pirate ? il n’est plus sûr de l’avoir vu – qu’il était réel – peut-être a-t-il tout inventé même l’endroit dans lequel il se trouve – peut-être est-ce juste son esprit – mais s’il s’agit de son esprit tout devrait aller selon sa volonté mais maintenant tout va de travers ou alors… il ne veut plus savoir – que veut-il exactement ? voir Wendy, Clochette, les enfants perdus ou même Crochet – il serait heureux – pourquoi ? parce que sans eux il n’existerait pas ? et pourquoi pas l’inverse ? ne peut-il pas leur faire vivre de grandes aventures ? Crochet serait-il Crochet sans lui ? Mais voici que Wendy apparaît – il voudrait résister mais il se sent heureux – pourquoi doit-il toujours faire cela ? ne serait-ce pas plus simple de laisser ses sentiments le guider et laisser les autres savoir – Wendy semble vouloir lui montrer quelque chose – elle prend la direction vers le grand chemin – Clochette est là – elle semble heureuse de le voir – comment a-t-il pu penser qu’elle ne serait pas heureuse de le voir ? ils se rapprochent du moment où il va finalement savoir – mais il traverse le chemin – ce n’était pas là – il pense qu’il l’a toujours su – il se sent bien – était-ce cela dont il avait peur – c’est comme si il avait attendu toute sa vie pour cela – pourquoi n’y a-t-il pas été avant ? il est sûr maintenant que cela a été là toute sa vie – attendant qu’il comprenne.

 

 

 

Janvier 2005 (?)
Paris

Il est assis face à la mer – un vent froid souffle – il pourrait rester des années là – à la contempler – le vide – perdu dans ses pensées et enveloppé par le vent, il ne l’entend pas arriver – elle s’approche pourtant – s’assoit à coté de lui – il ne semble pas la voir – ils restent là à regarder la mer – le vent s’amusant à essayer de les recouvrir de sable – elle se penche vers lui et lui murmure quelque chose – il se tourne vers elle mais elle a déjà disparue – il regarde la mer – elle a changé – il reste là mais semble agité maintenant – il doit bouger – il enlève ses chaussures – se dirige vers l’eau – l’eau est glacée mais cela lui fait du bien – il se dirige vers la ville – quelqu’un marche devant lui également les pieds dans l’eau – il se sent attiré – la distance se réduit – elle semble plus danser que marcher – il se sent comme hypnotisé – pourtant il n’a même pas vu son visage – ne lui a jamais parlé – il ralentit – il sent que s’il s’approche plus près, il ne pourra jamais plus reculer – mais elle a disparue – il a hésité une seconde et elle a disparue – il ne sent plus rien – ni l’eau qui coule entre ses pieds – ni le vent qui lui fouette le visage – il est là sans réaction – mais il ne peut pas rester comme cela – il doit y aller – la retrouver – il court maintenant – il a l’impression qu’il va exploser – ils croisent des gens – il voudrait leur dire – non – il voudrait lui dire. Mais voilà qu’une femme l’interpelle – elle lui dit être voyante et pouvoir l’aider – ahuri il ne sait quoi répondre et se laisse entraîner – ils marchent à travers la ville et s’engouffrent dans un passage sombre duquel monte un étrange escalier – ils se retrouvent bientôt dans une petite pièce où scintillent mille lumières – il a déjà rêvé de ce lieu – elle lui dit de s’asseoir – il s’assoit – il se sent comme un enfant – se laisse faire – il est trop fatigué pour opposer une quelconque résistance – et ce lieu – ces lumières qui scintillent à l’infini – la voyante le fixe depuis qu’ils sont arrivés – elle se met à lui parler dans un language étrange qu’il comprend bizarrement – elle lui pose plusieurs questions mais comme si elle n’en attendait aucune réponse elle continue son monologue – il se demande s’il rêve – mais où se trouve-t-il réellement s’il dort ? quelqu’un attend-il qu’il se réveille ? la voyante est toujours en train de parler – elle lui demande s’il veut connaître son avenir – bien sûr il y a des choses qu’il aimerait savoir – mais non il ne veut pas – il sait qu’il mourra un jour et cela lui suffit – la voyante sourit – il ne sait que penser – elle lui dit qu’il trouvera ce qu’il cherche même s’il ne le saura peut-être jamais – il ne veut pas partir – il se sent tellement bien ici – dans cette si petite pièce l’espace semble illimité – il a comme l’impression que chacune de ces lumières représente une personne qui scintille rien que pour lui – elle le raccompagne dehors – tout est fini – pourquoi l’a-t-elle attiré là – il se sent vidé – il doit se reposer – en face un écriteau hôtel au-dessus d’une porte jaune – il est déjà passé par ici mais il ne l’avait jamais vu avant – il s’y dirige et pousse la porte – le lieu semble vide – l’éclairage baigne tout de jaune – il ne sait plus depuis combien de temps il est là quand un homme apparaît derrière le comptoir – il a l’air malade – il s’adresse à lui en lui demandant s’il peut avoir une chambre – l’homme lui tend des clefs sans un mot – le numéro 167 est inscrit dessus – pas d’indication quant à la route à suivre mais l’homme est déjà reparti – il se dirige vers l’escalier au fond du couloir – il a le temps de voir dans une pièce qui donne sur le couloir – des hommes sont assis là et ils ressemblent tous étrangement à l’homme de la réception – étrange mais il est tellement fatigué qu’il ne pose pas de question et commence à monter les escaliers – il se sent lourd – il se revoit dans cette pièce – comme flottant dans l’infini – quelle sensation – mais il est sorti de sa rêverie – il est arrivé à la fin de l’escalier – il se trouve face à un miroir – combien d’étages a-t-il monté – il ne sait plus – quelque chose le trouble dans ce miroir – il n’arrive pas à définir ce dont il s’agit – ses yeux – ses yeux ont perdu leur couleur – il cligne des yeux plusieurs fois – regarde de nouveau dans le miroir – tout est normal – ses yeux sont de nouveaux verts – il recule de plusieurs pas manquant de tomber à la renverse – il remarque qu’un rayon de lumière passe par une fente sur le coté du miroir – il y glisse un doigt et le miroir se révêle n’être en fait qu’une simple porte – n’étant pas la seule chose étrange qui lui arrive aujourd’hui il franchit le seuil – il se retrouve dans le noir mais bientôt ses yeux s’habituant à la pénombre il distingue des lumières éclairant faiblement le sol – il est dans un tunnel – il avance mais se sent mal à l’aise – il n’arrive pas à définir ce qui lui arrive – est-ce d’avancer sans avoir d’autre but que le bout du tunnel – non – c’est autre chose – il a l’impression qu’on l’observe et cela l’angoisse – il sent qu’il agit différemment comme si tout geste était l’objet d’une attention – comme si tout était décortiqué – qu’il n’agit comme cela que parce qu’il se sent observé – il hait cela – car il est persuadé que personne ne le l’observe mais si… c’est étrange comme l’esprit peut déformer les choses – et comment il influe sur le corps – le corps ne sachant même plus se contrôler – il avance – il avance – il avance ne pouvant plus détacher les yeux des taches de lumière – elles l’entraînent – il ne sait plus depuis combien de temps il est là à marcher – peut-être des années qu’il avance sans savoir pourquoi – suivant des chemins dont il ne sait qui les a tracés – peut-être lui-même – il a l’étrange sensation que ce lieu lui est familier – comme si une partie de lui-même avait toujours eu envie d’y revenir – mais c’est autre chose qui le fascine – il continue d’avancer et au loin il l’aperçoit – comme perdant tout contrôle sur son corps il trébuche – il se relève – fixe quelques instants le mur qui se lève devant lui et se retourne – le tunnel a disparu – elle a disparue – il est de nouveau dans l’hôtel – il le sait – il sort de la pièce – numéro 167 – il est bien dans sa chambre – il s’allonge sur le lit – il voudrait réfléchir à tout ce qui s’est passé mais tout est comme embrouillé dans son esprit – il a besoin de dormir – le bruit de la pluie qui tape sur la vitre le calme et il s’endort – il marche dans la rue – il rencontre un homme qu’il connaît vaguement – ils vont prendre un café non loin de là – l’homme commence à lui raconter sa vie – il l’écoute – le laissant lui raconter tous ses problèmes – il voudrait lui aussi pouvoir tout lui raconter – pouvoir se décharger d’un poids – l’homme a fini de parler – il sent comme un changement dans son attitude qu’il n’arrive pas à définir – tout aller bien et voilà qu’il commence à se sentir angoissé – pourquoi ne lui parle-t-il plus ? que s’est-il passé ? a-t-il dit ou fait quelque chose de travers ? il est tellement angoissé maintenant qu’il ne peut plus dire un mot non plus – il voudrait se lever – partir – crier mais il ne peut pas – il est cloué là – il sent qu’il commence à avoir des palpitations – qu’il va s’évanouir – il se réveille en sueur ne sachant plus où il se trouve – est-il chez lui ? non il ne reconnaît pas – en voyage ? non – ça y est il se souvient il est à l’hôtel – encore dans l’angoisse de son rêve il se lève – sort de la chambre – l’envie lui prend de monter les escaliers pour voir s’il n’a pas rêvé le miroir, le tunnel… mais quelqu’un l’appelle du bas des escaliers – c’est le gardien – il lui dit qu’une femme a téléphoné pour lui et lui a demandé de lui transmettre un message : « ce n’est pas comme cela que vous le trouverez » – il descend et demande au gardien s’il sait qui a téléphoné mais celui-ci ne le sait pas – seulement une femme qui semblait savoir exactement à quel moment il allait sortir de sa chambre – il voudrait retourner voir le miroir mais le coup de téléphone l’en dissuade – il paie sa chambre et sort – il ne sait plus bien ce qu’il a envie de faire – tout ce qu’il sait c’est qu’il n’a envie de voir personne sauf peut-être… mais cela n’arrivera pas donc à quoi bon y penser…

 

 

 

Mars 2005 (?)
Paris

Il se lève – quelle impression étrange – depuis quand est-il là – il regarde ses mains – elles sont recouvertes de tâches rouges – que lui arrive-t-il ? est-il malade ? que lui est-il arrivé ? qui lui a fait ça ? il a l’impression qu’il est en train de pourrir – il voudrait que tout s’en aille – il commence à se gratter désespérement tentant de tout faire partir mais cela ne fait qu’empirer – il ne peut plus s’arrêter – sentant que quelque chose d’autre l’attend – mais quoi ? il regarde à ses pieds – un livre – quelque chose lui revient – il se voit le ramasser – puis plus rien – il se souvient d’avoir voulu fuir quelque chose – mais il sent que ce quelque chose est toujours là – sous sa peau – oui c’est ça il est à l’intérieur – il voudrait se mettre à courir mais il sait que cela ne sert à rien – il l’a en lui – il devrait plutôt rester là et se regarder mais il ne peut pas – pas maintenant – il se met en route – mais il n’arrive pas à avancer – quelque chose lui résiste – il ne comprend pas – rien ne semble le retenir et pourtant – il regarde autour de lui – le vide – comment le vide pourrait-il l’arrêter – se rendant compte qu’il a toujours le livre à ses pieds – il le ramasse – pendant quelques secondes il est de nouveau à l’intérieur – tous ces sentiments comment les oublier – pourquoi sont-ils toujours aussi forts – il voudrait y être pour toujours – ne plus penser à autre chose – mais ce serait mourir – pourquoi pas – non – il referme le livre – le pose et se dirige vers la mer qu’il aperçoit au loin -

 

 

mathilde delcambre – 2002-2005

 

 

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