Stockholm
Kungliga Tekniska Högskolan – sept – dec 2003
Le premier semestre de cette année erasmus porte sur la scénographie et sur l’enfance. L’approche est une approche sensible, basée sur nos sentiments et notre expérience personnelle. Le semestre est divisé en trois exercices, deux exercices courts et un exercice long.
Une scenographie I
Le premier exercice, d’une durée d’une semaine consistait à rechercher un souvenir marquant de notre enfance, d’essayer de comprendre pourquoi on a choisi ce souvenir et de le décrire. Ensuite il nous a été demandé d’inventer une petite pièce de théâtre à partir de ce souvenir, en utilisant les éléments marquants comme la lumière, les couleurs, les sentiments et de construire le décor de cette pièce de théâtre au 1/25ème.
Voici le souvenir que j’ai utilisé comme base pour ma pièce de théâtre :
Je devais avoir environ 8 ans, il faisait noir dehors et nous écoutions le disque de « Pierre et le Loup » de Prokovief, il y avait Géraldine, une de mes sœurs et ma mère, je crois. J’ai toujours fait des cauchemars avec des loups donc je n’étais pas très rassurée même si je n’étais pas toute seule. Et puis je ne me souviens plus, si ma mère a voulu que j’aille chercher quelque chose dans ma chambre ou si c’était moi qui voulais ce quelque chose mais il fallait que j’aille dans ma chambre, c’est-à-dire prendre les escaliers et monter deux étages. Je pensais au loup et je pensais à mes cauchemars qui généralement se passaient dans les escaliers entre le rez-de-chaussée et ma chambre, j’essayais de courir pour échapper au loup mais je restais immobilisée par la peur et me faisais manger. Mais je suis tout de même aller dans les escaliers, l’ambiance était exactement la même que celle de mes cauchemars, même lumière. Mais une fois arrivée sur le premier palier entre le rez-de-chaussée et le premier étage, je reste tétanisée par l’angoisse, j’ai oublié d’allumer la lumière du premier étage, le premier étage est dans le noir et semble soudain très lointain et je vois la lumière au rez-de-chaussée dans la cage d’escalier et celle qui vient du salon exactement comme dans mes cauchemars. Je ne sais plus si je dois monter pour aller dans ma chambre ou descendre dans la lumière tout en courant le risque de ne plus savoir courir et de me faire manger comme dans mes cauchemars et puis j’ai un peu honte de devoir dire à ma mère que je n’ai pas réussi à aller dans ma chambre. Mais l’angoisse l’emporte et je redescends en courant et retourne dans le salon.
Les éléments que j’ai tiré de ce souvenir sont tout d’abord la division de l’espace en deux, une partie lumineuse ou le sentiment est plutôt le bien-être, et l’autre partie sombre où le sentiment est la peur. Mais aussi le fait que la peur transforme l’espace, le rendant presque irréel.
Et donc on retrouve cette dichotomie des espaces dans le décor de la pièce. En effet dans la première scène on a la pièce où se trouve le petit garçon et son papa qui est lumineuse avec des couleurs chaudes, l’ambiance est chaleureuse et dans la deuxième scène, l’extérieur où le petit garçon se retrouve seul, l’ambiance est plutôt effrayante, la seule lumière vient du fond de la scène, il y a des ombres dans la forêt et les escaliers ont une taille démesurée. Tout l’espace de la deuxième scène est tel qu’il est perçu par le petit garçon, on est dans sa réalité.
Et voici l’histoire que j’ai inventé en utilisant tous ces éléments :
Un petit garçon et son papa sont assis dans une pièce chaleureuse et le papa raconte une histoire à son petit garçon, il s’agit d’une histoire qui fait peur avec des sorcières, des loups, des lutins… Quand l’histoire est finie, le petit garçon se souvient qu’il a oublié son doudou dans la petite cabane au fond du jardin où il a joué tout l’après-midi. Il demande à son papa s’il peut aller le chercher pour lui sans lui dire qu’il n’a pas envie d’aller dans le jardin après l’histoire qu’il vient d’entendre, mais son papa lui dit qu’il peut très bien y aller tout seul, il n’y a que quelques marches à gravir pour y arriver.
Donc le petit garçon sort et se retrouve dans le jardin, il fait noir et il se met à imaginer pleins de choses, les escaliers lui semblent immenses, infranchissables, et apparaissent des ombres qui ressemblent à un loup, des sorcières, des lutins… et la porte de la cabane semble très lointaine et embrumée. Il ne peut plus bouger, il ne sait plus s’il doit avancer ou retourner dans la maison. Mais bientôt il voit un bâton de bois au sol et cela lui fait penser au chevalier dans l’histoire que son papa lui racontait, il prend le bâton et se bât contre les ombres et vainc sa peur. Il peut enfin aller chercher son doudou et retourne dans sa maison, où il raconte à son papa comment il a battu les monstres.
Une scénographie II
Création d’une pièce de théâtre et de son décor à partir d’une expérience d’une journée dans un service public en utilisant nos impressions.
Nous avions le choix entre différentes institutions, j’ai choisi d’aller dans une maternité à Huddinge dans la banlieue de Stockholm, et j’ai suivi une sage-femme pendant sa journée de travail. Voici les différents éléments que j’ai utilisé pour commencer à écrire ma pièce de théâtre:
Premièrement il y avait un bébé dont la sage-femme que je suivais s’occupait, qui avait un problème, elle était très fatiguée. Quand sa mère lui donnait le sein, elle s’endormait tout de suite ou alors elle se mettait à crier mais elle était tellement fatiguée qu’elle s’arrêtait en plein milieu et s’endormait. C’était très étrange de voir un bébé dans cet état là, un bébé est censé crier, manger… On a appelé le docteur, il a fait des prises de sang… mais il ne savait pas trop ce qu’elle avait et je n’ai pas su avant de partir.
Deuxièmement, la sage-femme que je suivais, était finlandaise et elle avait une patiente qui elle-même était finlandaise, elles parlaient donc finlandais ensemble. A certains moments lorsque je les écoutais parler j’avais l’impression de regarder la scène de l’extérieur comme si je me voyais moi-même écoutant la conversation. Comme dans un rêve où on est comme étranger à soi-même, on est quelqu’un d’autre regardant la scène.
Voici la pièce de théâtre que j’ai écrite à partir de ces deux éléments, il n’y a pas les dialogues, l’exercice n’ayant duré que deux semaines, l’important était plutôt la trame :
Une femme qui semble très gentille, est en train d’essayer de réveiller un homme qui est allongé, elle est assise sur le rebord du lit. Elle lui parle comme à un bébé, mais en même temps elle semble trop jeune pour être sa mère – il y a une sorte de distance entre les deux personnages – elle est proche de lui mais pas trop proche – ce n’est pas de l’amour. Un homme est debout dans le fond de la scène, il est habillé de la même façon que l’homme allongé sur le lit, il a l’air stressé. Au fur et à mesure que la pièce se déroule, la femme qui n’arrive pas à réveiller l’homme allongé, commence à sembler exaspérée. Elle lui fait des reproches et comme il ne réagit pas, elle commence à le secouer et à être en colère contre lui. Elle lui dit qu’il ne fait jamais rien pour elle, il doit se réveiller et faire quelque chose pour elle. En même temps qu’elle le secoue, l’homme debout au fond de la scène a des convulsions et semble très mal.
Pendant que la femme continue à secouer l’homme, les lumières s’éteignent et nous nous retrouvons dans le cabinet d’un psychiatre. Le lit est à la même place ainsi que l’homme qui est allongé. Un psychiatre est assis dans un fauteuil, au début on ne comprend pas ce qu’il dit, il ne parle pas assez fort. L’homme qui est debout au fond de la scène se rapproche du lit et semble ne pas comprendre non plus ce que dit le psychiatre. Il commence à parler à voix haute, il dit qu’il n’est pas fou, qu’il n’a rien à faire ici, qu’il ne comprend pas pourquoi il est allongé, comment il est arrivé ici. Mais en même temps le psychiatre parle de plus en plus distinctement et on comprend ce qu’il dit. L’homme debout semble comprendre aussi car il arrête de parler. Il commence à écouter ce que le psychiatre dit – il dit qu’il n’est pas fou et que s’il veut se réveiller, il doit trouver pourquoi il s’est endormi. L’homme semble plus détendu, s’arrête de marcher et s’assoie sur le rebord du lit pour écouter le psychiatre.
Mais soudainement la porte rouge au fond de la scène s’ouvre et la femme du début entre, suivant d’un autre homme. L’homme qui écoutait le psychiatre se lève immédiatement et recommence à sembler très stressé et recule. La femme et l’homme qui la suit commencent à parler avec le psychiatre, mais on ne comprend pas ce qu’ils se disent car ils parlent une autre langue. L’homme marche autour d’eux et parle tout seul en murmurant, et parfois quand la femme se rapproche de l’homme allongé, il a des mouvements de recul et semble très tendu. La femme semble en colère contre l’homme qui est allongé, le psychiatre lui a l’air calme, ils parlent de plus en plus et l’homme qui marche autour leur crie de s’arrêter de parler, il comprend maintenant pourquoi il dort.
Il s’est endormi pour ne plus la voir mais elle est encore là, il doit la quitter physiquement. Il quitte donc la scène…
et l’homme qui est allongé se lève et quitte la scène également. La femme et l’homme qui la suit restent ébahis et ne bougent pas.
Une scénographie – III
Création d’un festival de théâtre pour des enfants durant l’été avec un thème, le ou les bâtiments accueillant ce festival devant être provisoires. Et création d’une scénographie pour une pièce de théâtre existante soit “Roméo et Juliette” de Shakespeare soit “Mio, mon Mio” d’Astrid Lindgren, cette pièce s’inscrivant dans le festival que nous avons à créer
J’ai tout d’abord décidé de travailler avec la pièce de théâtre « Mio, min Mio » d’Astrid Lindgren qui est l’histoire d’un petit garçon, Mio qui vit à Stockholm et qui a été adopté. Un soir il s’envole pour le pays lointain et retrouve son père qui est le roi de ce pays. Il y rencontre des gens merveilleux, Yum-Yum, Nono… Mais le bonheur ne dure pas très longtemps et il doit aller combattre Riddar Kator, un homme qui a kidnappé de nombreux enfants au pays lointain et toute la deuxième partie de la pièce de théâtre raconte ce voyage vers le pays extérieur, l’arrivée, puis vient le combat final dans lequel Mio gagne et libère tous les enfants et ils rentrent tous ensemble au pays lointain.
Ceci est un résumé rapide. Mon interprétation de la pièce est que Mio n’a jamais quitté Stockholm, il s’est créé un monde imaginaire en utilisant les éléments de la réalité. A partir de cette interprétation, j’ai commencé à élaborer le thème pour le festival, qui est devenu : Réel-Irréel autour de plusieurs questions, qu’est-ce que la réalité ? Y a-t-il une réalité ? Qu’est-ce qui fait que quelque chose est réel ? Puis est venue la question du bâtiment, comment faire passer toutes ces questions à travers un bâtiment ?
Le bâtiment devant être temporaire, j’ai décidé d’utiliser cette caractéristique pour tenter de se faire poser au public les questions que je me suis posées. En effet le bâtiment se déplacent 5 fois dans la ville, disparaissant pendant la nuit, se faisant poser la question de la réalité du bâtiment, a-t-il existé ? Ai-je rêvé ? Les cinq lieux que j’ai choisi sont des lieux de passage à Stockholm où le bâtiment est en évidence.
Mais ce simple fait de déplacement ne me semblait pas suffisant pour faire s’interroger le public, les gens peuvent tout simplement se dire « J’ai déjà vu ce bâtiment hier mais à un autre endroit ». J’ai donc décidé de jouer avec la peau du bâtiment, le faisant changer d’aspect chaque fois qu’il change d’endroit, questionnant encore plus la réalité du bâtiment, est-ce le même bâtiment s’il a changé de peau ? Quel est le bâtiment réel celui que j’ai vu hier, celui que je vois aujourd’hui ou les deux ? Puis j’ai travaillé ensuite au niveau de la peau, quels matériaux ? Et comment ceux-ci peuvent entrer également dans cette réflexion sur le réel et l’irréel. Il y a cinq différentes peaux, la première, lorsque le bâtiment apparaît pour la première fois est en panneaux réfléchissants mobiles, la surface du bâtiment n’étant pas vraiment appréhendable car réflétant son environnement et accentuant l’effet d’irréalité, sur la partie basse du bâtiment, les panneaux sont movibles, les gens pouvant changer leurs positions, changeant l’aspect du bâtiment et donc sa réalité. Une autre peau part de ce principe de changement par le public pour altérer l’image du bâtiment, il s’agit d’une peau faite de tissu, le public pouvant tirer le tissu comme des grands rideaux. J’ai choisi le tissu également car il ne s’agit d’une surface lisse, il laisse toute une série d’incertitude quant à la structure du bâtiment, à sa stabilité. Deux autres peaux sont elles plus statiques mais jouent elles aussi sur l’immatérialité du bâtiment, il s’agit pour la première d’une peau en polycarbonate, le polycarbonate étant éclairé par en dessous faisant du bâtiment une boule de lumière dont la surface est difficilement appréhendable donnant un sentiment d’irréalité. La deuxième est un treillis métallique sous lequel on peut découvrir la structure de base du bâtiment mais entre cette structure primaire il y a un tissu réfléchissant la lumière – comme celui que l’on met sur les vêtements pour réfléchir les phares des voitures – ce qui trouble la vision du treillis métallique et donc de la surface du bâtiment. La dernière peau est en fait la structure primaire du bâtiment, il s’agit de la dernière fois que le bâtiment apparaît, mais est-ce vraiment la stucture primaire du bâtiment ? N’y a-t-il pas quelque chose dessous ?
Pour ce qui est de la pièce, j’ai basé toute la scénographie sur l’interprétation du fait que Mio crée un monde imaginaire en utilisant les éléments du monde réel qui l’entourent. Le moment où il s’envole vers le pays lointain, il se trouve dans un parc et en même temps lorsqu’il est au pays lointain il y a aussi bien des scènes à l’intérieur qu’à l’extérieur donc j’ai construit ma scénographie autour d’un parc entouré partiellement entouré par des maisons. Je peux ainsi utilisé le parc pour le monde réel et les espaces extérieurs au pays lointain et les maisons pour les espaces intérieurs. En effet tous les espaces intérieurs au pays lointain se dévoilent derrière les façades des maisons, Mio transforme la réalité, l’espace est perçu du point de vue de Mio.
Et voici quelques exemples de scènes:
Ici il s’agit du début lorsque Mio est assis sur un banc juste avant de s’envoler pour le pays lointain, il fait noir, les arbres sont un peu effrayants mais de la lumière provient des fenêtres des maisons éclairant un peu le parc, on est dans la réalité.
Toujours une vue du parc au début de l’histoire, la lumière vient des fenêtres.
Maintenant nous sommes dans l’imaginaire de Mio, il est dans le jardin des roses, au pays lointain et il est invité chez son ami Yum-Yum, une partie de la façade coulisse pour faire apparaître une petite maison.
Mio et Yum-Yum sont partis combattre Riddar Kato, un homme qui enlève des enfants du pays lointain et ils doivent accéder au château de celui-ci qui se trouve en haut d’une montagne, ils escaladent celle-ci. Ici la montagne est symbolisée par une échelle qui se trouve dans le monde réel. En haut derrière les vitres on aperçoit les ombres des gardes qui tentent d’attraper les deux garçons.
Mio doit combattre Riddar Kato dans son château, cette fois-ci encore le château se trouve derrière les façades.















