17 mars 2008
Tu n’as rien appris, sinon que la solitude n’apprend rien, que l’indifférence n’apprend rien : c’est un leurre, une illusion fascinante et piégée. Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger ; qu’entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés. Mais tu es si peu de chose et le monde est un si grand mot : tu n’as jamais fait qu’errer dans une grande ville, que longer sur des kilomètres des façades, des devantures, des parcs et des quais.
Georges Perec, Un homme qui dort, p.140
26 octobre 2007
Quand tu auras désappris à espérer je t’apprendrai à vouloir.
Sophocle
25 septembre 2007
ULRICH : Alors?
SIMONE : Alors rien. Je ne sais plus. J’ai l’impression que je suis toute seule au beau milieu de cette montagne. Je veux sortir de moi, Ulrich, je veux sortir de moi et rencontrer quelqu’un, quelqu’un qui aurait un visage différent du mien, le visage d’un autre, l’autre, Ulrich, l’autre. Toute l’intrigue de la vie prend naissance dans notre histoire avec l’autre, mais il n’y a personne ici, il n’y a personne. Les bouteilles que j’envoie, les signaux que je joue avec mon violon, les phrases que je hurle se perdent dans la nuit, toujours. Jamais de réponse, jamais! Je reste parfois assise dans des lieux inconnus, longtemps longtemps et j’attends qu’arrive quelqu’un, mais personne ne vient, il n’y a que les arbres, que les arbres!
p72
LE CHEVALIER : Je suis chevalier par Dieu…
WILFRID : Oh! Ta gueule! Le roi Arthur c’est juste une légende, une légende pour nous faire croire que ce bon vieux Arthur était un roi bon! Mais il n’était pas plus ou moins bon qu’un autre, il chiait, il pissait, puis il est mort et il a pourri tout seul au fond de son tombeau! Va-t-en chevalier, va-t-en, tu as raison, je ne crois plus au film, je ne crois plus à rien, je ne crois plus. Et ne prends pas ça personnel, mais je commence à être fatigué de traîner un rêve avec moi pour me sentir moins seul! Je commence à trouver ça pas mal pathétique, je suis même pas foutu d’enterrer mon père décemment. Regarde-le! Et tout ça, c’est à cause de toi. Tu es toujours à rôder autour de ma vie, autour de mes nuits, autour de mon corps, de mon esprit.
LE CHEVALIER : Wilfrid, je suis chevalier devant Dieu…
WILFRID : Ta gueule!
LE CHEVALIER : Et je fus envoyé ici par Morgane pour subir l’enfer de l’âme…
WILFRID : Mais ferme ta gueule…
LE CHEVALIER : Mais mon coeur est un diamant et je ne plierai pas devant les imbéciles, devant les blêteux, l’hébété, l’inepte et le sot! Je ne partirai pas de ton rêve, je ne ferai pas de toi un être froid et rustre, tu continueras à délirer malgré toi, tu continueras à rêver coûte que coûte, tu continueras à divaguer envers et contre tous, tu continueras malgré toi, et si tu refuses, tu meurs.
WILFRID : Je ne te crois pas! Tu n’existes pas! Tu es déguisé et tu articules des mots qu’un autre a mis dans ta bouche! Tu n’existes pas, tu n’existes pas! Tu n’existes pas et si tu n’avais pas existé, je serais plus heureux aujourd’hui!
LE CHEVALIER : Et tu serais enfoncé dans ton quotidien confortable, enfoncé tout entier, sexe en avant, dans la confusion des corps à jeter dans le ventre d’une autre ton essence de petit satisfait! Honte! Je suis chevalier par Dieu et je n’ai pas envahi l’âme d’un scélérat! d’un de ceux qui, confortables, sont embusqués en arrière et vivent leur bonheur aux dépens du sang des autres! Arrière!
WILFRID : Va chier!
LE CHEVALIER : AhaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAhAAAAAAAAAAA!
Le chevalier tue Wilfrid.
p100
Littoral, Wadji Mouawad
17 juin 2007
6 juin 2007
10 mai 2007
26 mars 2007
16 février 2007
8 février 2007



